L'heure du Graal
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Gauvin de Banville


Franz Joseph Holzwarth: Pierwsza Wojna Krzyżowa. Królestwo Jerozolimskie

L'équipage incertain au rythme claudiquant

Martèle le pavé d'un bruit de fer clinquant;

Il s'avance harnaché de haubert et de heaume

Dans son fief délabré envahi de fantômes.

Il passe sous la nue, solitaire et blessé,

Sur son cheval boiteux, la poitrine affaissée;

La mort dans l'âme, triste et le pas cahotant,

Il revient au pays par un soir de gros temps.

Victorieux, certes, oui, mais sans palme à son front;

Trop d'outrages ont terni l'éclat de son fleuron.

Trop de sang répandu avec un zèle odieux,

Trop de vies enlevées au prétexte de Dieu.

Jérusalem fut mise à sac pour son salut.

Le massacre et l'effroi y furent absolus.

Au cri de Dieu le veut, de tous les sarrasins,

Hommes, femmes et enfants, il n'en resta pas un.

Gauvin le chevalier de croisade est rentré

Mais son âme est restée dans la ville éventrée.

Elle hante les rues s'efforçant de laver

La plaie ouverte à coups de pater et d'ave.

Le flot vermeil ruisselle au bas du Mont du Temple.

De là, croisé, dis-moi le dieu qui te contemple!

Le tombeau délivré est jonché de cadavres.

L'indulgence promise a-t-elle atteint son havre?

Ton fidèle écuyer et tes preux compagnons,

Frères d'armes et amis, tes cousins bourguignons,

Tous ceux que ton ardeur et ta foi entraînèrent

Ont perdu la vie, morts, de fièvre sanguinaire.

Est-ce que tout ce feu en valait la chandelle?

Du glaive de Baudoin ou du sabre d'Abdel

Lequel était tenu par une main divine?

Celui qui a causé davantage de ruine?

Écrasé par le poids de ses sombres pensées,

L'esprit du chevalier, à l'honneur offensé,

Égaré dans les rues de ce capharnaüm,

Cherche une issue nouvelle à la portée de l'homme.