L'heure du Graal
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Titus et Flavia


La destruction de Pompéi : Pierre-Henri de Valenciennes

Il faudra qu'une voix porte ces mots d'amour

Que la cendre étouffa dans ma bouche en ce jour.

Que l'oreille avertie d'un poète au cœur tendre,

Au-delà de ce temps, puisse un jour les entendre!

Pas un cri, pas un son ne sortit de ma gorge.

C'était Vulcain là-haut qui hurlait dans sa forge.

Ma voix fut suspendue dans le vide béant.

Ses vociférations la vouaient au néant.

Le dieu des forgerons arrachait aux entrailles

De la terre une armée en furie de pierraille

Et de feu qu'il jetait par-dessus son épaule.

Mon univers soudain basculait sur ses pôles.

La terre avait perdu son immuable assise;

Son écorce exsudait des vapeurs âcres et grises.

Il n'y avait plus d'air dans l'air, tout était fait

De poussière et d'odeurs aux funestes effets.

L'enfer montait au ciel et perdait la boussole;

La nuit ruinait le jour en retombant au sol.

La mer même s'était retirée de la côte.

Palais, temples, maisons s'écroulaient sur leurs hôtes.

Que n'avais-je écouté plus tôt l'inclination

De mon coeur et traduit pour elle ma passion?

Depuis toujours j'aimais Flavia sans le savoir.

J'en usais comme un bien que je pouvais avoir.

Sa famille servait la maison de mon père,

Œuvrant avec constance à la rendre prospère.

Elle y avait grandi en même temps que moi,

Nos mères avaient compris l'objet de nos émois.

Nos corps s'étaient connus à l'âge où ils s'éveillent;

Sa peau contre la mienne était une merveille.

J'aimais passer mes nuits autant qu'il fut permis

La courbe de son sein dans ma main endormie.

Tout avait la suave innocence du geste

Que l'amour donne aux corps quand il se manifeste.

Ma voie, certes, empruntait la lignée patricienne

Mais mon âme sans cesse inclinait vers la sienne.